Un épisode d'anime diffusé en France, ça rapporte combien aux Japonais ?

Publié il y a 3 ans par Quentin

S'il y a bien une donnée qui est relativement tenue secrète dans le monde de l'édition de l'animation japonaise, c'est la valeur des droits de diffusion et d'exploitation des séries. Pour pouvoir commencer à répondre à la question, il faut comprendre comment les droits fonctionnent sur le plan financier. Au détour de ma veille twitter, on m'a envoyé vers cet article(lui même une traduction de celui-ci) qui émet des hypothèses sur le fonctionnement des droits afin de calculer le "manque à gagner" quand on pirate une série. Malheureusement, l'hypothèse de départ est fausse. Dans cet article, je vais expliquer comment les droits fonctionnent sur le plan financier dans les contrats d'acquisitions d'anime pour diffusion en France.


Au cœur des achats de droits, on trouve le système de royautés. Les royautés sont une commission automatique d'un auteur sur des revenus générés par l'exploitation d'une oeuvre par un tiers.

En pratique, ça donne l'exemple suivant. Un de vos amis crée une chanson que vous trouvez super cool. Vous lui demandez si vous pouvez la vendre autour de vous. Si vous vendez la chanson de votre pote, une partie de l'argent de la vente(les royautés) sera donnée à votre ami. Après tout c'est normal c'est lui qui a fait la chanson.


Quand des droits sont vendus, on a généralement deux types de vente :

  • La vente sur royauté : Tu vends 100 euros, tu m'en donnes 30 euros.
  • La vente par forfait : Tu me donnes 30 euros et tu peux en vendre autant que tu veux.

Dans l'animation japonaise, on va souvent vendre avec des royautés. Un acteur comme Netflix, lui va plutôt acheter les droits par forfait (ça lui permet de ne pas dévoiler ses statistiques à tout le monde). De mon expérience, je n'ai jamais entendu de vente par forfait dans l'animation japonaise récente mais il est possible que certains acteurs du marché aient eu des contrats comme ça à une époque.


La vente sur royauté a un problème. Les revenus sont proportionnels au succès financier d'une série.

Imaginons que j’achète les droits d'exploitation d'une série avec un taux de royauté à 50%. Si je fais 10€ de chiffre d'affaire alors je reverse 5€. C'est pas énorme. Par contre, si je fait 100 millions alors je reverse 50 millions. Là, c'est intéressant !

Maintenant, si je suis pas très honnête, je pourrais vendre sous le manteau au delà des 10€ de chiffre d'affaire. À ce moment là, je me faire 100 millions et je reverse 5€ de royautés.

Pour pallier à ce problème, on vend les séries avec un minimum garanti. Le concept est simple : si jamais je ne fais moins de royautés que le minimum garanti, alors je devrais compléter de ma poche les reversements jusqu'à la valeur du minimum garanti.

Pour faire simple, voici comment seraient les reversements d'un épisode si le minimum garanti était de 500€ et le taux de royauté à 50% :

L'ensemble des revenus liés à un épisode seront pris en compte dans les royautés. Ainsi si de la publicité est utilisée, une partie du revenu publicitaire sera reversé aux ayants droits. Du coup, si vous utilisez une offre gratuite sur un site officiel, vous contribuez aussi un peu au financement de l'animation japonaise. Par contre si vous passez par une offre illégale, aucun des revenus n'est redonné aux ayants-droits et donc vous n'aidez pas la série.

Les valeurs de ces droits sont secrètes mais il arrive parfois que des éditeurs laissent une fourchette au détour d'une interview. Je vous laisse le soin de les trouver par vous même.

Si vous avez des commentaires sur cet articles, n'hésitez pas à me les faire parvenir par mon Twitter orienté animation japonaise : @Naouak